« Les principaux effets positifs restent attendus »
- Par Junior MATOCK
- 25 Sep 2026 13:04
- 0 Likes
Pr. Patrice Ongono, économiste, enseignant à la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Yaoundé II.
Professeur, dans le cadre de la valorisation des filières agro-pastorales, le Cameroun im plémente divers projets visant à développer les chaînes de valeur dans des domaines spécifiques. Quelle appréciation faites-vous de cette approche de plus en plus développée? Une chaîne de valeur désigne l'ensemble des étapes et activités successives qu'une entreprise ou un secteur parcourt, depuis la conception d'un produit (ou d'un service) jusqu'à sa livraison au client final, y compris son service après-vente. L’option du gouvernement camerounais de déve lopper les chaînes de valeur met en évidence des avancées indéniables, mais aussi des faiblesses structurelles qui en limitent l'impact réel. Les prin cipales faiblesses structurelles qu’il convient de surmonter sont : l’insuffisance des infrastructures de base (manque d'électricité stable, enclavement des bassins de production, les lacunes de la chaîne du froid, absence d’entrepôts de stockage, etc.) L’inadéquation des financements (le secteur ban caire classique reste très frileux à financer l'agri culture en raison du risque perçu et de l'absence de garanties. Les mécanismes de finance inclusive et de capital-risque agricole peinent encore à chan ger d'échelle). La mauvaise gouvernance et la fragmentation des projets (juxtaposition de projets sous tutelle de bailleurs de fonds différents ou de ministères distincts. Les défis environnementaux et fonciers (l'insécurité foncière limite les inves tissements à long terme des exploitants. De plus, la variabilité climatique perturbe la régularité des approvisionnements requis par les unités indus trielles). Quels effets cette démarche peut-elle avoir sur la production et la transformation locales, notamment dans un contexte de mise en œuvre de la politique d’import-substitution? Les principaux effets positifs qui restent encore attendus sont les suivants : une vision systémique et intégrée du développement des filières (plutôt que de subventionner isolément les intrants ou la production, la chaîne de valeur traite à la fois l’ap provisionnement, la production, la transformation, la logistique, la commercialisation et les services d'appui) ; la création de la valeur ajoutée locale, l'accent mis sur le maillon « transformation » permet d'enrayer l'exportation de matières premières brutes (cacao, café, coton, bois) et de réduire la dépendance vis-à-vis des produits importés (poisson, lait, riz, maïs) ; la professionnalisation des acteurs et la structuration des producteurs agricoles (les agropoles incitent à l'organisation des producteurs en coopératives ou en interprofessions- comme la filière avicole ou bananière-, renforçant leur pouvoir de négociation face aux acheteurs ; l’effet d'en traînement sur le développement territorial (l'im plantation d'unités de transformation et d'infra structures d'évacuation-pistes rurales, magasins de stockage, chambres froides -dynamise les bassins de production et maintient les jeunes en milieu rural.) Il reste que de multiples défis persistent, à savoir l’insuffisance des financements, les retards dans les procédures d’obtention d’avis de non objection, entre autres. Comment peut-on résoudre durablement ces contraintes? Pour résoudre le problème du financement, il fau drait envisager des mécanismes autres que le fi nancement bancaire classique, la plupart des acteurs ne reflétant pas la crédibilité nécessaire dont ont besoin les banques pour bénéficier des crédits. Sur la base de l’expérience que nous avons engrangée en tant qu’expert en finance du déve loppement, les solutions les plus adaptées reposent sur la réduction de la perception du risque, notam ment : le développement de l’assurance agricole indicielle pour réduire le risque climatique ; l’agri culture contractuelle pour garantir les débouchés aux producteurs, les crédits d’entreposage (war rantage) pour réduire le risque de défaut, la déli vrance de certificats fonciers ruraux pour sécuriser les transactions foncières sur les terres non im matriculées en milieu rural, la promotion du capi tal-investissement et du crédit-bail pour faciliter l’accès aux équipements. Le développement de ces projets repose généra lement sur des financements conjoints de l'État et des bailleurs de fonds (BAD, Banque mondiale, FIDA, AFD, etc.). Les retards dans les p...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)


Commentaires