« Ne pas opposer développement urbain et protection de la nature »

Luc François Atangana, paysagiste.

Qu’est-ce qui peut justifier le re­ trait des arbres et quelles ré­ percussions sur le paysage de la capitale et sur le quotidien des populations ? Le retrait des arbres en milieu urbain peut parfois être justifié par des nécessités d'aménagement. Il peut s'agir de travaux de voirie, de construction d'infrastructures, de l'élargissement des routes, de l'ins­ tallation de réseaux ou encore de risques liés à des arbres vieillissants, malades ou menaçant de tomber. Cependant, il faut faire une distinc­ tion entre un abattage nécessaire et un abattage systématique qui ne tient pas compte de la valeur environnementale des arbres. Avant de supprimer un arbre, il faudrait toujours envisager des solutions permettant de le conserver. Les conséquences peuvent être impor­ tantes. Sur le plan paysager, Yaoundé risque de perdre son iden­ tité de ville verte. Sur le plan envi­ ronnemental, la disparition des ar­ bres entraîne une augmentation de la chaleur, une diminution de l'ombre, une réduction de l'absorption du CO₂ et une perturbation de l'équilibre écologique. Pour les populations, cela signifie davantage d'exposition au soleil, une baisse du confort thermique, mais aussi une aggra­ vation du ruissellement des eaux de pluie et des risques d'érosion. L'arbre n'est donc pas un élément décoratif, c'est une véritable infra­ structure naturelle au service de la population. Comment concilier modernisa­ tion et nature sans tout béton­ ner ? Il faut changer notre manière de concevoir le développement urbain. Moderniser une ville ne signifie pas remplacer tous les espaces naturels par du béton. Il est possible de construire des routes, des bâtiments, des parkings et des infrastructures modernes en intégrant la végétation dès la conception des projets. Cela passe par la création de jardins pu­ blics, de parcs urbains, de plantations d'alignement le long des routes, de haies végétales, de jardins dans les espaces résiduels et de toitures vé­ gétalisées lorsque cela est techni­ quement possible. Il faut également privilégier les sols perméables, le gazon et les aménagements qui permettent à l'eau de pluie de s'in­ filtrer dans le sol. Le paysagisme doit être considéré comme une com­ posante essentielle de l'urbanisme et non comme une simple décoration que l'on ajoute à la fin des travaux. Yaoundé peut-elle encore se dé­ velopper tout en conservant ses arbres ? Absolument. Yaoundé peut co...

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