« Parler de la prostate reste difficile pour beaucoup d’hommes »

Lieutenant-colonel médecin Rémy Onana Ngongo, oncologue médical, chef du Service spécialisé d'Oncologie médicale de l'Hôpital militaire de région n°1.

Le mouvement « Novembre Bleu » peine à mobiliser les hommes. Pour­ tant, les cancers masculins représen­ tent un enjeu de santé publique ma­ jeur. Qu'est-ce qui explique cette ré­ ticence ? On note d'abord le poids des tabous et de la virilité. Parler de la prostate, des testi­ cules ou de la sphère sexuelle reste difficile pour beaucoup d'hommes. Consul­ ter pour ce type de sujet est parfois perçu à tort comme un signe de faiblesse ou de perte de virilité. Cette réticence s'explique aussi par la peur des examens physiques. La crainte du toucher rectal (souvent fan­ tasmé ou mal compris) bloque beaucoup d'hommes, alors même que le dépistage commence le plus souvent par une simple prise de sang pour doser l'antigène prosta­ tique spécifique (Psa). D'autres hommes ne s'intéressent pas à se faire dépister à cause de l'absence de symptômes. Au dé­ but, le cancer de la prostate évolue de manière silencieuse et asymptomatique. Beaucoup d'hommes pensent qu'aller bien signifie ne pas avoir besoin de consulter. Il y a aussi la peur du diagnostic et de ses suites. L'angoisse d'apprendre qu'on a un cancer et la peur des effets secondaires potentiels des traitements (troubles de l'érection ou incontinence urinaire) pous­ sent certains à éviter la démarche. Enfin, la campagne de Novembre bleu intéresse peu à cause du manque de médiatisation par rapport à d'autres causes. Contraire­ ment à Octobre rose dédié au cancer du sein qui bénéficie d'une mobilisation mas­ sive et ancrée depuis longtemps, Novem­ bre bleu a encore du mal à instaurer un réflexe collectif banalisé. Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l'homme. Quels sont les signaux d'alerte de cette ma­ ladie et comment s'effectue la prise en charge ? Au début, le cancer de la prostate est asymptomatique. Aucun symptôme n'in­ quiète le patient. Avec le temps, le patient peut présenter les symptômes dont les plus fréquents touchent les difficultés en rapport avec la miction. On parle de dysurie, l'urine peut être bloquée malgré l'envie d'uriner (rétention aiguë d'urine). La fré­ quence des urines est anormalement éle­ vée surtout dans la nuit (pollakiurie, nyc­ turie). On peut également avoir du sang dans l'urine (hématurie). A un stade plus avancé, le patient est fatigué et se plaint de douleurs le plus souvent en rapport avec les métastases osseuses. Pour la prise en charge, elle est pluridisciplinaire. Les traitements sont souvent conduits par plusieurs spécialistes en fonction du stade de la maladie. Lorsque le cancer est encore bien localisé. Il y a la chirurgie, la radiothérapie, la curiethérapie et l'hor­ monothérapie dans certains cas. Les trai­ tements peuvent être isolés ou combinés en fonction du niveau du risque. Pour les formes avancées, T'hormonothérapie oc­ cupe une place importante. Elle permet de bloquer la t...

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