« Les raisons d’espérer ne manquent pas »
- Par Jocelyne NDOUYOU
- 21 Aug 2026 09:31
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Luce Magloire Mabarga Atangana, ministre du Commerce.
Monsieur le ministre, il y a quelques jours, vous avez lancé la campagne cacaoyère 2026/2027. Comment se porte la filière aujourd’hui ? Conformément aux textes en vigueur en effet, en l’occurrence la Loi N° 95/11 du 27 juillet 1995 portant or ganisation du commerce du cacao et du café, modifiée et complétée par la Loi N° 2004/025 du 30 décembre 2004, la campagne cacaoyère s’ouvre le 15 août de chaque année et se clô ture le 15 juillet de l’année suivante. C’est donc dans ce cadre que j’ai pro cédé, le 06 août 2026, à l’Hôtel de ville de Yaoundé, au côté du ministre de l’Agriculture et du Développement rural et du représentant de Madame le ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation, au lancement de la campagne cacaoyère 2026/2027. Il s’agissait en réalité d’une entorse à la tradition instaurée depuis la campagne 2005/2006, qui veut que ce type de cérémonie se déroule sur site, c’est- à-dire dans les bassins de production, de manière rotative. L’entorse de cette année s’explique par le fait que, par- delà le côté festif de cet évènement - il s’agit en effet de la fête annuelle du cacao -, j’ai voulu organiser, en pa rallèle, une session de cogitation sur les enjeux de la filière, à l’intention de l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur. Cette session, qui s’est tenue les 5 et 6 août 2026, a précédé la cérémonie d’ouverture de la cam pagne proprement dite. Pour répondre directement à votre question, je dirais que la filière cacaoyère camerounaise se porte plutôt bien, pour ne pas dire bien tout court. Souvenons-nous, il y a une dizaine d’années encore, la fève camerounaise n’avait pas la cote sur le marché international. Au contraire, elle était l’objet d’une décote systé matique sur le marché, de l’ordre de 200 F par kg. La fève camerounaise était moquée, baptisée du nom peu flatteur de « Smoked cocoa », pour signifier qu’elle dégageait une odeur de fumée, incompatible avec les normes du marché et les process in dustriels. Simple produit d’appoint, l’in dustrie de la chocolaterie avait recours à la fève camerounaise pour les seuls besoins de couverture, prenant avan tage de sa couleur rouge brique, qui fait effet et séduit. Il a fallu au gou vernement et aux organisations faî tières de la filière de se mettre réso lument au travail pour renverser la table et reconstruire l’image de marque du cacao camerounais. Ce travail a été mené avec détermination et mé thode et fait du Cameroun aujourd’hui l’une des origines les plus prisées du marché international, recherchée par les meilleurs chocolatiers au monde et les spécialistes du chocolat d’ex cellence. A la décote s’est ainsi subs tituée la prime d’excellence, en guise de bonus. Quel joli parcours ! Quelle belle réussite ! Rien d’étonnant, dans ce contexte, qu’à la faveur d’une conjoncture exceptionnelle, le cacao du Cameroun se soit hissé au sommet du monde, avec des prix inédits, jamais atteints dans le passé, au cours des campagnes 2022/2023 et 2023/2024. Ce record à lui seul est-t-il suffisant ? Sans doute, ce type de record sera difficile à reconduire ou à battre avant quelques années. Néanmoins, même s’il faut en tout savoir raison garder, je dirais qu’après la sévère correction des prix intervenue en 2025 et 2026, pour partie, la tendance est plutôt à l’optimisme, caractérisée notamment par une reprise de la consommation industrielle en Europe et en Amérique et une demande dynamique dans les nouveaux marchés, en particulier en Asie. Par rapport à mars 2026 par exemple, les cours actuels sont en progression de 114, 28 %. C’est tout cela qui m’a fait dire, dans mon discours d’ouverture de la campagne, le 06 août dernier, que les clignotants virent au vert. Nos producteurs doivent par conséquent continuer de croire en l’avenir de leur filière, d’autant qu’à côté du marché international se construit un marché intérieur, porteur de beaucoup d’espoirs, grâce à la trans formation locale. Dans le cadre du lancement de cette campagne, vous avez initié deux jours de réflexion avec les acteurs sur la rémunération des producteurs. Pourquoi cet aspect vous préoccupe-t-il autant ? Le gouvernement est dans son rôle de se préoccuper du sort des produc teurs, considérés comme le maillon faible de la chaîne de valeur. Au Ca meroun, le cacao est produit dans huit régions sur les dix que compte le pays et occupe une main-d’œuvre abon dante. A ce titre, il est au cœur, comme l’ensemble du secteur agricole et le milieu rural en général, du projet de société du chef de l’Etat. Au-delà, et à l’échelle mondiale, c’est d’une question d’équité qu’il s’agit. D’après une étude publiée par la FAO le 30 juin 2020, la valeur générée par le cacao se répartit comme suit : 40 % pour la grande dis tribution, 40 % pour les industriels, 14 % pour les broyeurs/transforma teurs et 6 % seulement pour le pro ducteur. Voilà qui justifie la croisade menée par le Cameroun pour une meil leure rémunération des producteurs, au nom de l’équité. Il est heureux que ce combat soit aujourd’hui de plus en plus partagé, y compris par les diri geants des pays consommateurs. Lors des campagnes antérieures, vous aviez mis un accent particulier sur les ventes groupées, qui ont fait beaucoup d’heureux. Pourtant ce mécanisme ressemble au jourd’hui à une pure illusion. Qu’en est-il exactement ? Je ne sais pas de quel côté se situe l’illusion d’optique. Pour ma part en tout cas, cela reste une réalité, une réalité concrète et constante, qui per met au producteur de capter les prix les plus élevés sur le marché, ainsi qu’en témoignent les statistiques de la campagne 2025/2026, c’est-à-dire les plus récentes. A côté des ventes groupées, le gouvernement a égale ment promu les ventes par convention, pour tenir compte des programmes de durabilité proposés par les ache teurs, assortis de primes et autres avantages de long terme. Les deux modalités se valent. Quelles dispositions sont prises aujourd’hui pour que le cacao ca merounais soit encore mieux pré sent à l’international, quand on connaît par exemple les nouvelles exigences du marché européen, l’un des principaux clients du Ca meroun ? Certes, le marché européen est pour notre cacao la première destination. Mais, il n’est pas la seule. La politique du gouvernement vise en effet la di versification des marchés et des op portunités. A...
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