« C’est le temps de la préparation organisationnelle et programmatique »

Dr Fabilou, enseignant de science politique à l’Université de Ngaoundéré.

Les inscriptions sur les listes électorales, au titre de l'année 2026, étant closes, qu'est-ce qui devrait désormais meubler l'agenda des partis politiques, en atten­ dant la convocation du corps électoral des élections législatives et municipales à venir ? La clôture des inscriptions sur les listes élec­ torales marque le passage d’une phase es­ sentiellement électorale – celle de la mobili­ sation – à une phase de préparation politique, organisationnelle et programmatique. En at­ tendant la convocation du corps électoral, les partis politiques devraient d’abord procéder à un travail d’organisation interne : actuali­ sation des fichiers militants, structuration des équipes locales, formation de responsa­ bles et mandataires, identification des zones de faiblesse et préparation des mécanismes de coordination entre les instances nationales, régionales et locales. Ils devraient également consacrer cette période à l’élaboration ou à l’actualisation de leur offre politique. Une élection législative ou municipale ne devrait pas être réduite à la désignation de candidats. Les électeurs doivent pouvoir identifier ce que chaque formation politique entend faire concrètement en matière de développement local, d’emploi, d’éducation, de santé, d’in­ frastructures, de gouvernance territoriale ou encore d’amélioration des services publics. Il y a donc un véritable travail de pré-cam­ pagne politique, à condition de distinguer celle-ci de la campagne électorale proprement dite, qui obéit à un cadre juridique et à un calendrier précis. Enfin, cette période devrait être utilisée pour renouer avec les citoyens. Les partis gagneraient à écouter davantage qu’à parler : consultations locales, rencontres avec les associations, organisations profes­ sionnelles, jeunes, femmes, acteurs écono­ miques et autres composantes de la société. La question centrale devrait être : quels sont les problèmes que les citoyens souhaitent voir pris en charge par leurs futurs repré­ sentants ? Autrement dit, après les inscrip­ tions vient le temps de transformer la mobi­ lisation électorale en projet politique crédible et en capacité organisationnelle réelle. Compte tenu de l'attraction et des enjeux de ce double scrutin, comment appré­ ciez-vous le fait que certaines formations politiques procèdent déjà au choix de leurs candidats ? Le choix anticipé des candidats n'est pas nécessairement négatif. Il peut même pré­ senter un avantage stratégique important pour les partis politiques. Lorsqu’un candidat est désigné suffisamment tôt, il dispose du temps nécessaire pour construire sa légitimité locale, comprendre les attentes de son élec­ torat et organiser son équipe. Mais cette an­ ticipation comporte également un risque : celui de transformer trop tôt la compétition électorale en compétition interne et, surtout, de provoquer des frustrations chez ceux qui espéraient être investis. Tout dépend, en réalité, de la procédure de sélection. Si le choix repose sur des critères relativement transparents – implantation locale, compé­ tence, probité, capacité de mobilisation, connaissance des enjeux territoriaux et re­ présentativité –, il peut contribuer à renforcer la crédibilité du parti. En revanche, si les in­ vestitures sont perçues comme le résultat de rapports de clientèle, de considérations financières ou de décisions exclusivement verticales, elles peuvent produire l’effet in­ verse et créer des dissidences. Il faut égale­ ment tenir compte de la particularité du dou­ ble scrutin. Les élections législatives et mu­ nicipales ne répondent pas exactement à la même logique. Le profil du candidat devrait être adapté à la fonction recherchée. Le choix précoce des candidats peut être une bonne stratégie, mais seulement s’il s’ac­ compagne d’un processus de sélection suf­ fisamment inclusif et d’un travail de cohésion interne. Le v&e...

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