« Cette transhumance est le fait de calculs politiques »
- Par Yvan BOUNOUNG
- 30 Sep 2026 16:59
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Dr Gérard Bounougou, enseignant de science politique à l’Université de Douala.
Quelle analyse faites-vous du phénomène de démissions au quel on assiste souvent dans les partis politiques ? Ce que nous observons aujourd'hui n'est pas une anomalie, mais une constante structurelle de notre système partisan. Il s’agit de la « transhumance politique » ou le « nomadisme partisan ». L’observa tion du champ politique camerou nais montre que ce phénomène s’y accélère à l’approche de chaque échéance électorale. Sur le plan structurel, il convient de relever la faiblesse de l’ancrage idéologique de nos partis poli tiques, car incapables de proposer un projet de société clair. Nous avons des partis-clientèles, construits autour d’un leader qui le dirige comme son patrimoine. Ainsi, l'adhésion à un parti n'est donc pas une adhésion à une doc trine. Il s’agit beaucoup plus d’un investissement politique. Quand le « retour sur investissement » n’est plus garanti, l’acteur rationnel change de camp. La démission est généralement le fait d’acteurs frustrés. (Non-investiture aux lé gislatives/municipales, non-pro motion, sentiment de marginali sation dans l’appareil du parti). Ensuite, sur le plan de la rationalité des acteurs, la démission est per çue comme une stratégie mise en œuvre par le « dé-missionnaire ». Elle lui permet de sortir d’un parti politique pour mieux se reposi tionner politiquement dans un au tre. Il s’agit ici de voir les acteurs qui changent de camp comme des acteurs rationnels. Ils ne sont pas naïfs. Ils effectuent un calcul très froid. Ce sont des « politiciens en trepreneurs ». A la veille de chaque échéance électorale, ils se posent ces questions suivantes : quel parti a le plus de chances de ga gner et donc de distribuer les res sources après ? Où est-ce que j'ai le plus de chances d'obtenir une investiture ? Où est mon intérêt sécuritaire et économique ? C’est donc après avoir répondu à ces questions que la décision de chan ger de camp est prise. Sur le plan des conséquences démocratiques, ce phénomène devient probléma tique pour la consolidation de notre démocratie, dans la mesure où il dépolitise l'élection. Par ailleurs, ce phénomène crée une crise de confiance interne. Les militants ne savent plus qui est loyal, les partis passent plus de temps à gérer les soupçons de trahison qu'à préparer un programme. Ce phénomène renforce enfin la per sonnalisation du pouvoir. On ne rejoint pas un parti, on rejoint « son leader ». Le fait pour un démissionnaire d'intégrer un nouveau parti politique ayant une idéologie différente de l'ancien, à un poste de responsabilité, ne peut-il pas déstabiliser les mi litants et les électeurs ? C’est le désarroi et la frustration du militant de base. La première conséquence d’un tel fait est de fragiliser l’engagement des anciens militants qui deviennent alors prompts à démissionner et démo tivés lorsqu’il faut défendre le parti. En politique, un transfert de cadre n'est jamais neutre : c'est un séisme à double sens qui rebat les cartes de la légitimité, de la cohésion interne et de la stratégie électorale des deux formations politiques concernées. Lorsqu'un parti politique voit l'un de ses vi sages familiers plier bagage, le coup est à la fois psychologique et tactique. Le premier dommage est souvent invisible mais dévas tateur : c'est l'effritement du moral des troupes. Si un cadre influent s'en va, il peut emporter avec lui une part du récit collectif. Les mi litants de base se sentent orphe lins, frappés par un doute exis tentiel : « Si lui, qui savait tout, a sauté du navire, pourquoi devrions- nous continuer à ramer ? ». Le se cond dommage est le risque d’une réaction en chaîne, un départ mé diatisé peut en cacher d'autres. Il peut agir comme un signal libéra teur pour d'autres ambitions étouf fées, risquant de transformer une défection isolée en une véritable hémorragie d'appareil. Pour le parti politique qui accueille le transfuge, sur le papier, recruter une figure de l’adversaire ressemble à un coup de maître. C’est un symbole de ralliement et un affaiblissement de l'ennemi. Mais dans la réalité du terrain, la greffe est souvent loin d'être évidente. Comme nous le soulignions précédemment, offrir un poste de responsabilité à un nouveau venu provoque une levée de boucliers en interne. Les mili tants historiques se sentent sou vent trahis par leur propre direction. Cette frustration peut se trans form...
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