Match Cameroun-Algérie : Fair Play: où es-tu ?

Hallucinant. Grotesque. Inadmissible. Intolérable. On pourrait égrener pendant des jours les qualificatifs qui fleurissent actuellement dans les réseaux sociaux et les médias nationaux et internationaux. Le dénominateur commun de cette indignation collective : la dénonciation des propos, à la limite de la haine, du sélectionneur des Fennecs d’Algérie, Djamel Belmadi, concernant l’arbitre du match Algérie-Cameroun, du 29 mars dernier à Blida. Morceaux choisis : « On ne laissera plus jamais 2-3 personnes conspirer contre nous. Aucun arbitre ne viendra mettre à mal tout un pays. Quand j'ai vu cet arbitre assis au salon de l'aéroport le lendemain, prendre un café et manger un millefeuille comme si de rien n'était… ». Et d’ajouter : « On vole les espoirs de tout un pays et on le laisse comme ça... Je ne dis pas qu'il faut le tuer ». Encore heureux que ce ne soit pas une fatwa lancée contre le Gambien Papa Bakary Gassama. Mais reconnaissons que nous n’en sommes pas loin. 
Ces propos du technicien algérien, près d’un mois après ce match qui avait consacré la qualification des Lions indomptables pour le Mondial du Qatar, posent tout de même problème. Au-delà de de la gravité des propos et du fait que la Fédération algérienne de football (FAF) a diffusé cette interview sans y trouver à redire, c’est bien l’indifférence des instances mondiales du football qui devrait interpeller. L’absence de réaction, pour le moment, de la FIFA et de la CAF a de quoi perturber dans un environnement où la notion de fair play tend à ne devenir qu’un slogan. Sinon, comment comprendre qu’une équipe refuse toujours d’admettre une défaite claire sur le terrain ? Si ce n’était ce but assassin de Karl Toko Ekambi dans les arrêts de jeu des prolongations, les Fennecs ne seraient certainement pas en train de décrier l’arbitrage de Papa Bakary Gassama. Et la réaction de Samuel Eto’o, président de la Fecafoot, tombe à point nommé pour rappeler la sacro-sainte règle du fair play.
Il faut dire que l’espoir suscité par la possibilité de faire rejouer la rencontre après le recours déposé par la FAF a également contribué à envenimer l’animosité des perdants. Alors que les chances pour l’Algérie d’obtenir gain de cause sont minces, même si elles existent. Certains parleront de la jurisprudence Sénégal-Afrique du Sud en 2017 quand le bureau des qualifications de la FIFA pour le Mondial 2018 avait décidé de faire rejouer le match un an après. Mais le contexte est bien différent. La décision de la FIFA était intervenue après celle du Tribunal arbitral du sport confirmant la suspension à vie de toute activité liée au football de l’arbitre de ce match, le Ghanéen Joseph Odartei Lamptey. Ce dernier avait été reconnu coupable de manipulation de match puisque soupçonné d’être lié à des paris truqués. Et puis, à l’époque, la VAR n’existait pas. Autre fait non négligeable à préciser. 
Loin de nous l’idée d’en faire une affaire entre deux pays frères et amis alors qu’il ne s’agit que de sport, d’autant que de nombreuses voix se sont élevées en Algérie pour appeler les supporters à accepter cette défaite. Le constat est toutefois clair et n’épargne aucun pays au monde : on assiste depuis des années à une banalisation de la violence verbale ou physique dans ce qui est considéré comme le sport-roi par manque de fair play. Les joueurs adverses sont souvent pointés du doigt et doivent faire face à des jets d’objets, des insultes, etc. Mais ce sont surtout les décisions des hommes en noir qui cristallisent les frustrations dans un phénomène presque entré dans les habitudes désormais : le ré-arbitrage.  Chaque spectateur ou téléspectateur a son point de vue sur telle ou telle décision de l’arbitre. Jérôme Latta, rédacteur en chef des Cahiers du football, a très justement résumé la situation dans sa chronique « Démolition d’un arbitre, mode d’emploi » : « Éternel malentendu : impliquant la nécessité d’interpréter des actions souvent ambivalentes et de trancher pour permettre au jeu de se poursuivre, l’arbitrage du football est par nature discutable. L’ignorance de ce principe fait inévitablement dégénérer la discussion en procès malhonnête, qui flatte la bêtise et entretient la vindicte ». Conséquence, l’arbitre est celui sur qui les perdants reportent leurs frustrations. Et le football amateur n’est pas épargné. 
Cependant, même dans un contexte de football moderne où l’idéal de fair play est devenu illusoire en raison des énormes enjeux en jeu, est-il inutile de rappeler que le football reste au-delà de tout un jeu, un loisir ? N’est-il pas important de se souvenir qu’il faut toujours un vainqueur et un vaincu à l’issue d’une compétition ? Que les gagnants d’aujourd’hui peuvent être les déçus de demain ? Comment se dire sportif professionnel ou encadreur et refuser de l’accepter ? Au point de trouver des boucs-émissaires au lieu de se remettre en question. L’équipe en face n’est pas un ennemi mais juste un adversaire du moment. Les arbitres, eux, restent des êtres humains avec tout ce que cela comporte comme risques de se tromper. D’ailleurs, l’arrivée de la VAR a montré que le débat reste entier et que prendre des décisions sur des faits de jeu reste une affaire d’appréciation.
C’est ici qu’il y a un important r&oc...

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