Afrique : le développement, pas les armes

Les vieux démons sont-ils de retour en Afrique ? Cette question se pose depuis la succession d’une demi-douzaine de coups d’Etat sur le continent depuis 2021.  Le continent africain a en effet connu une succession de quatre prises de pouvoir par la force.  En moins de deux ans, quatre présidents africains ont été renversés par des militaires. En février 2022, une tentative de coup d’Etat s’est soldée par un échec en Guinée-Bissau. Le dernier coup de force en date est celui du Burkina-Faso où huit mois après avoir renversé le président démocratiquement élu, Roch Marc Christian Kaboré, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a été chassé du pouvoir par le jeune capitaine Ibrahim Traoré, 34 ans. L’ancien « homme fort » du Burkina Faso, contraint à la démission, s’est réfugié au Togo voisin. Et depuis le 5 octobre 2022, un « nouvel homme » est à la tête du pays. Comme au Mali, on assiste donc dans ce pays baptisé « pays des hommes intègres » à un coup d’Etat dans un coup d’Etat. Sur le continent, le décompte fait état de plus de 200 tentatives de coups d’Etat avec une moyenne d'environ quatre par an, depuis le début des années 1960. Le Soudan est le pays qui a connu le plus grand nombre de coups d'État et de tentatives de prise de pouvoir, soit 17, dont cinq ont abouti. Il est le troisième pays en Afrique à connaître un coup d'État militaire le 25 octobre 2021. Au Mali, le putsch réussi de mai 2021 est le prolongement de celui intervenu en août 2020. Moins d’un an après avoir fait tomber Ibrahim Boubacar Keita, un groupe de militaires a renversé le gouvernement de transition à qui ils reprochent la mise à l’écart de plusieurs de leurs camarades d’arme. A l’issue de ce coup de force qui déclenche une crise diplomatique avec la France, le colonel Assimi Goïta devient président de transition. En Guinée, Alpha Condé qui venait pourtant d’être réélu pour un troisième mandat est déchu de son pouvoir en septembre 2021 par des militaires qui s’emparent aussitôt du gouvernement et annoncent la dissolution de la constitution. Ils ont à leur tête, le colonel Mamady Doumbouya, qui promet de rendre le pouvoir aux civils à l’issue d’une période de transition dont l’échéance n’a pas été définie. Il n’est pas superflu de rappeler qu’en dehors du cas soudanais, les putschistes ont bénéficié du soutien des populations qui n’ont pas tardé à descendre dans la rue pour saluer le départ des anciens dirigeants.
Après quelques années d’accalmie, le continent africain renoue ainsi avec les changements antidémocratiques. Ce retour des vieux démons constitue une vive préoccupation, d’autant que tout laisse croire que le silence ou les condamnations de pure convenance de la communauté internationale face à la menace kaki peuvent produire des effets domino dans d’autres pays. 
Pourquoi la résurgence et la récurrence de ces changements anticonstitutionnels ? Certains observateurs pointent du doigt la crise du modèle politique et la mal-gouvernance qui caractérisent la plupart des régimes africains. La majorité des Etats africains a, à la faveur du « vent de l’Ouest », embrassé le modèle démocratique occidental sans tenir compte des réalités africaines. La démocratie électorale qui est l’option choisie pour accéder ou participer à la gestion du pouvoir est à rebours de la prise du pouvoir par la force ou par d’autres méthodes peu orthodoxes. Quelles que soient les raisons qui peuvent animer les putschistes, le renversement d’un gouvernement démocratiquement élu par des méthodes non démocratiques est condamnable. Il ne faut pas perdre de vue qu’au Mali, au Burkina-Faso et en Guinée, les putschistes ont renversé des présidents qui ont accédé au pouvoir par la voie des urnes. Ces pratiques qui nous replongent dans les souvenirs du début de l’ère des après-indépendances constituent un recul des avancées démocratiques en Afrique.  
Mais ces coups durs portés à la démocratie n’expliquent pas tout. La fragilité économique de la plupart des Etats dont les signes visibles sont le chômage des jeunes, la pauvreté, l’insécurité constitue un terreau fertile pour ces situations d’instabilité quasi-permanente. Le péril terroriste charrié par la déstabilisation de la Libye et qui a déversé dans la bande du Sahel une horde de terroristes est également cité comme une menace sérieuse pour la sécurité de ces Etats.
Cette succession de coups d’Etat plombent ainsi les efforts de développement des pays africains. A chaq...

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