Approvisionnement en carburants : le marché local d’abord

En 2022, l’Etat du Cameroun a dépensé près de 700 milliards de F pour la subvention de la consommation des carburants, aux fins de maintenir inchangés les prix finaux aux consommateurs, alors que seulement 120 milliards avaient été budgétisés pour cette dépense. Ce qui a grevé le budget, ralentissant sans aucun doute la réalisation de certains projets. Mais, selon les observateurs, cette décision du président de la République Paul Biya, visait à garantir la paix sociale au Cameroun, au moment, au plus fort de l’envolée des cours du pétrole brut sur le marché mondial, de nombreux pays avaient augmenté les prix à la pompe. Et même si en 2023 la décision de réajuster ces prix a été prise, les nouveaux tarifs appliqués au Cameroun sont encore bien en deçà de ce qui se pratique ailleurs, notamment dans les pays voisins. Ce qui pousse les commerçants véreux, attirés par le gain facile, la boulimie du bénéfice à tout prix et à tous les prix, à profiter de cette aubaine. 
En effet, de source digne de foi, des marketers et d’autres acteurs clandestins sont passés maîtres dans cette pratique frauduleuse qui veut qu’ils importent au Cameroun au prix subventionné, mais s’organisent pour faire ressortir le produit qui prend ensuite la direction des pays voisins où les prix à la pompe sont plus élevés. A titre d’illustration, entre le 31 mars et le 2 avril derniers, plus de 17 000 litres de carburants ont été saisis dans la région de l’Est, soit 13 150 litres de super et 4 090 litres de gasoil. Résultat de l’opération coup de poing dans la lutte contre la fraude aux produits pétroliers, menée par des inspecteurs assermentés du ministère de l’Eau et de l’Energie (Minee) en collaboration avec les éléments des forces de maintien de l'ordre (FMO). Et des exemples comme celui-ci se multiplient au quotidien, avec d’autres acteurs, notamment les douanes camerounaises. Si dans la région de l’Est, deux camions citernes qui ont été récemment interceptés, dans d’autres cas, ce sont des bidons qui servent de contenant à ces produits essentiels dont on veut priver de nombreux Camerounais, après que l’Etat a payé le prix fort pour les acquérir. Un phénomène si rampant qu’au plus fort de la crise liée à l’approvisionnement du Camerounais en produits pétroliers, le ministre de l’Eau et de l’Energie avait interdit la vente dans ces récipients. Au-delà de l’interdiction, le ministre indiquait les mesures prises pour assurer le respect de cette décision visant à sauvegarder le marché local. « Les sociétés agréées à l’exportation des produits pétroliers sont tenues de présenter l’autorisation exclusive du ministre de l’Eau et de l’Énergie lors des contrôles des administrations », instruisait-il alors, indiquant que cette pratique frauduleuse, susceptible de perturber l’approvisionnement du pays en produits pétroliers, était passible de sanctions.  On déplorait alors l’impact sur le coût des subventions supportées par l’Etat et donc, indirectement l’ensemble de la population. 
Et c’est un phénomène, comme beaucoup d’autres activités illicites, qui a la peau dure. A la source, l’argent liquide, qui coule à flots et sans véritable contrôle dans ce business. Une partie de la cargaison saisie récemment à Bertoua a permis au Trésor public d’encaisser la somme de 20 millions de F après la vente aux enchères de 40 000 litres de gasoil. Si on additionne donc avec les résultats des autres actions qui se multiplient sur l’ensemble du territoire, on peut en tirer une enveloppe importante. Et là encore, c’est sans compter avec les quantités qui réussissent à passer entre les mailles des filets des équipes de la Brigade de lutte contre la fraude aux produits pétroliers qui effectuent des descentes régulières sur le terrain, notamment dans le Septentr...

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